La capacité des forêts tropicales intactes à absorber le carbone de l’atmosphère diminue, selon une nouvelle étude publiée en mars dans Nature. En Amazonie, le pic d’absorption semble avoir eu lieu dans les années 1990, alors qu’en Afrique, il s’est produit 10 ans plus tard. Depuis, cette absorption continue de diminuer. Cela vient remettre en cause l’idée selon laquelle ces forêts pourraient continuer à séquestrer du carbone pendant encore des années. Les scientifiques du Cirad rappellent toutefois le rôle que peuvent jouer les forêts exploitées de façon durable et les plantations forestières pour inverser cette tendance.
Les travaux, menés par une centaine d’instituts du monde entier, retracent l’évolution des forêts tropicales « intactes » d’Amazonie et d’Afrique sur 30 ans. Ils s’appuient sur des parcelles de suivi permanentes, dont celles du dispositif de M’Baïki en République centrafricaine, étudié depuis 1982 par le Cirad et ses partenaires centrafricains. Ces travaux affichent des résultats qui doivent faire réfléchir. Alors que les modèles climatiques actuels prédisent un pic de séquestration de carbone dans les prochaines décennies, les chercheurs impliqués viennent de démontrer que, pour les forêts tropicales, ce pic a déjà eu lieu de façon nette il y a 20 à 30 ans en Amazonie, et, plus légèrement, il y a 10 à 20 ans en Afrique.
Dans les années 1990, les forêts tropicales intactes du monde ont séquestré environ 12,6 milliards de tonnes de carbone sur la décennie. Cette capacité, dans les années 2010, est tombée à 6,8 milliards de tonnes. Cette perte de capacité de 5,8 milliards de tonnes de carbone correspond à une décennie d’émission d’énergie fossile du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la France et du Canada réunis. Alors qu’elles séquestraient 17% des émissions de carbone dues aux activités humaines dans les années 1990, les forêts tropicales n’ont séquestré que 6 % de ces émissions dans les années 2010. Ces forêts absorbent moins de carbone, et leur superficie diminue, pendant que les émissions augmentent considérablement.
Les simulations effectuées sur les 20 prochaines années prédisent qu’en Amazonie, la perte de carbone due à la mortalité des arbres égalera le gain en carbone dû à leur croissance et au recrutement de nouveaux arbres avant 2040. Cela signifie que les forêts ne seront plus des puits, mais risquent de devenir des sources d’émission de carbone. En Afrique, cette évolution est beaucoup moins rapide, et les forêts devraient rester des puits plus longtemps, mais absorbant de moins en moins de carbone.
Les auteurs de l’étude insistent sur l’urgence de la situation, rappelant dans la publication que les accords internationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont à revoir.